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2 septembre


Interview de Le Comte

Le Rennais Le Comte (Monogram, Juveniles) compose, à l’aide de synthétiseurs modulaires bricolés, une musique ambient teintée d’electronica. Tous nommés d’après un prénom féminin, les quatre titres de son EP Chaleur et mouvement évoquent autant Tangerine Dream que Boards of Canada ; leurs mélodies oniriques et nostalgiques, aux contours délicats et aux teintes voilées, ont la couleur des rêves et des polaroids.

Retrouvez Le Comte le samedi 15 octobre à 17h30 aux Champs Libres, sous l’installation Reverse Of Volume de Yasuaki Onishi.

Pour patienter jusqu’à cet évènement, voici l’interview de Le Comte pour l’association Electroni[k]

 

Comment es-tu venu à la musique ?
Ma mère en écoutait beaucoup, elle jouait aussi un peu de guitare. J’étais gamin quand je me suis mis au piano. Ma prof avait un serre-tête, je devais lire la partition et ne pas regarder mes mains… C’était très chiant. Alors après quelques années, j’ai arrêté le piano pour m’acheter une guitare acoustique et faire des reprises de Nirvana comme tous ceux de mon âge. Plus tard, avec mon premier groupe, Monogram, on cherchait un batteur. Comme on n’en trouvait pas, on a fini par acheter des boîtes à rythmes. C’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser aux instruments électroniques. Un jour dans une braderie, je suis tombé par hasard sur un synthétiseur Korg MS-10 et j’ai peu à peu abandonné la guitare et le reste pour me consacrer à l’électronique. J’ai ensuite continué d’occuper ce rôle dans d’autres groupes et encore aujourd’hui, avec Juveniles, je suis celui qui cherche des « sons bizarres. »

Tu es présent sur la scène rennaise depuis une quinzaine d’années, quel regard portes-tu sur son évolution ? La musique électronique a-t-elle toute sa place dans la « ville rock » ?
Ville rock, oui mais pas seulement. À travers l’expression, c’est un peu le côté passéiste de la ville qui s’exprime, celui resté bloqué sur une sorte de fantasme de ce que Rennes a été et de ce qu’elle devrait toujours être. En réalité, la ville et ses musiciens évoluent, et c’est tant mieux comme ça ! Il y a aussi à Rennes cette éternelle volonté de trouver le prochain Dominic Sonic. Ça a évidemment ses avantages ; au lancement d’un nouveau projet, le Tout-Rennes va se presser autour de toi pour voir si ça peut fonctionner. Du coup, t’es aidé assez vite et ça, c’est hyper cool. Mais il arrive aussi que tout aille un peu trop vite. Tu n’as pas le temps de travailler ton projet, de le faire mûrir parce qu’on te met très vite sur une grande scène. Aujourd’hui, c’est devenu plus compliqué de faire de petits concerts, « à l’arrache. » Certains bars en organisent encore mais moins qu’avant. Du coup, on passe très vite de jouer devant ses potes au stress d’une scène avec un public de 1500 personnes — dont 500 professionnels qui te scrutent, les bras croisés. Il y a de moins en moins cet entredeux et je crois que ça peut mettre certains musiciens en difficulté.

Fin mars, tu as sorti ton premier maxi solo, Chaleur et mouvement. Qui plus est, dans un style ambient — assez éloigné, donc, de la synth pop de Juvenile. Comment est né ce projet ?
J’avais envie depuis longtemps de porter seul un projet. Ça s’est finalement fait de manière assez naturelle : il y a quelques années, j’ai racheté des instruments et j’ai commencé à enregistrer dans mon coin ; ça a plu à Jean-Sylvain, le chanteur de Juveniles, qui m’a poussé à finaliser les morceaux. Je ne savais pas alors si c’était un délire personnel ou si ça pouvait plaire à un public — Manon, mon premier titre, durait quand même 16 minutes. Du coup, j’ai vraiment été surpris de la bonne réception du maxi. Il va falloir que j’arrête de me poser trop de questions. Avec Monogram, c’était déjà un peu de l’electronica instrumentale, donc ce que je fais en ce moment, c’est presque un retour aux sources. Quand je branche mes synthés et quelques pédales, c’est ce qui sort naturellement : des trucs très calmes, un peu mélancoliques. J’ai pensé un temps à faire des morceaux plus dansants ou « vendeurs » en intégrant des rythmiques, mais le résultat était horrible, d’autant plus que je trouvais que les morceaux se suffisaient à eux-mêmes.

Tu as choisi des prénoms féminins pour intituler les morceaux, est-ce un simple gimmick ou bien un « concept » se cache derrière ?
Il existe un fil conducteur, mais c’est en fait la question de la variété qui m’a avant tout préoccupé. Je voulais éviter que les morceaux se ressemblent trop, avec une même progression, un arpeggio au même endroit, etc. Pour chaque titre, j’ai donc essayé de remettre le réglage de mes instruments à zéro et voir ce que je pouvais faire de neuf. Quant aux titres des chansons, ça dépend, ils n’ont pas tous un lien entre eux. J’ai voulu raconter les périodes qu’on traverse après une grosse rupture. Ça parle des relations avortées, soit parce que tu n’es pas prêt soit parce que tu n’y arrives simplement pas. Le morceau Eva se finit de manière assez brutale, il n’a pas de vraie fin. Manon, lui, dure très longtemps et tourne un peu en rond. Les autres sont simplement les prénoms de musiciennes électroniques qui m’influencent. C’est finalement un choix dont je suis assez content parce que d’une certaine manière ça personnifie les chansons, ça les ancre. Cela dit, je ne ferai pas ça sur le prochain disque, le but n’est pas là.

Tu as récemment publié une vidéo d’Eva, on t’y voit entouré de machines analogiques. D’où est-ce qu’elles viennent ? C’est de la récup’ ?
J’ai déjà essayé de retaper de vieux claviers, mais ça reste un coup de poker. C’est du matériel beaucoup trop sensible, surtout pour une tournée. La plupart de mes instruments sont en fait assez récents. Il y a en ce moment un gros retour des synthés modulaires au format Eurorack, ils ont l’avantage d’être plus faciles à transporter que les Moogs. J’ai aussi pensé à fabriquer mes propres instruments, mais ça demande du temps et de l’argent, et pour le moment, je n’ai pas envie de me perdre là-dedans. Cela dit, ça peut être une prochaine étape. J’ai déjà deux, trois trucs en tête pour des besoins spécifiques. J’ai acheté certains synthés que je cherchais un type de son en particulier, un peu sale et saturé. Je voulais avoir quelque chose d’imprévisible sous les doigts ; que ça redevienne un vrai instrument. Quand je mets en boucle une mélodie, par exemple, le son bouge constamment, même si je ne touche à rien. Sur certains de mes morceaux, je fais des réglages où tout rentre un peu trop fort, les sons « communiquent » alors entre eux et mon boulot va être de gérer tant bien que mal cette chose vivante qui part dans tous les sens.

On sent effectivement dans ta musique une sorte de spontanéité créatrice.
C’est aussi parce que je garde les imperfections. J’ai toujours aimé les artistes qui chantent parfois un peu faux ou accordent mal leur gratte. Leurs chansons ne sont pas moins magnifiques, il arrive que ces petites erreurs subliment une composition. Du coup, dans certains de mes morceaux, j’ai conservé des premières prises parce que c’était celles
qui me plaisaient le plus. C’est le cas des Rhodes sur Kaitlyn : j’ai fait d’autres prises, techniquement meilleures, mais tout était trop carré et je trouvais ça moche. Il y a aussi toute une phase où je me pose des questions et j’essaie de recadrer un peu les choses, quitte à faire des montages. J’ai par exemple enregistré quatre fois les nappes de ce morceau, puis j’en ai sélectionné des bouts pour obtenir une belle montée comme je voulais.

Mettre en avant les instruments analogiques, c’est aussi une manière de produire un discours sur le passé ? Est-ce que c’était « mieux avant » ?
Non, je ne considère absolument pas que c’était mieux avant. Avec le temps, un tri a été fait et il y a des inventions dont on sait qu’elles sont devenues essentielles à la musique. Il ne faut pas chercher à complètement renier ses influences, l’art a toujours été comme ça. Un peintre, par exemple, va être influencé par de grands maîtres et il va apprendre d’eux des techniques au pinceau ou au couteau. Mine de rien, dans la musique occidentale, on reste sur une gamme de douze notes, ce qui est finalement très réduit. Et le fait qu’avec seulement douze notes, le champ des possibles soit aussi immense, ça reste pour moi quelque chose fascinant.

La vidéo d’Eva a été enregistrée en une seule prise, c’est un exercice dans lequel tu sembles très à l’aise. Est-ce que le live est une chose à laquelle tu penses très en amont ?
Le live, c’est tout simplement ce que je préfère. Enregistrer des disques, c’est cool, mais tu dois à un moment poser un point final et c’est ce que je trouve le plus compliqué. En concert, tu peux constamment réinventer, tenter de nouvelles choses. D’ailleurs, la plupart de mes morceaux ont été composés alors que j’en répétais d’autres : au début, je tente une improvisation et à l’arrivée, c’est un nouveau morceau. Au moment de la composition, la question du live ne se pose généralement pas parce que la base des morceaux est jouée en direct. Mais il arrive aussi qu’après coup, je rajoute certaines choses. Sur le morceau Kaitlyn, par exemple, ça a été très compliqué, car il y a plusieurs mouvements, des textures et des manières de jouer différentes. Je me suis demandé comment j’allais y arriver, seul sur scène et sans ordinateur. Il y a eu un moment de panique. Mais finalement, j’ai pris un synthé en plus et ça a tout réglé. Je l’ai déjà joué en live et je suis assez content du résultat. J’ai passé beaucoup de temps à le travailler parce que c’est le morceau phare du maxi, il fallait donc que je le joue pas trop mal.

Sais-tu déjà quelle configuration tu vas utiliser à ton concert pour Maintenant ? Peux-tu nous la décrire ?
Pour Maintenant, c’est pas encore fixé, mais pour ma prochaine date au festival Visions [note : c’était le 7 août 2016], mon setup se rapproche de celui dans la vidéo, à quelques détails près. En gros, c’est un ensemble de machines que je peux séquencer en direct, sur lesquelles je peux soit jouer des mélodies à la main soit déclencher des séquences préenregistrées — ce ne sont pas des clips audio, le son est toujours créé en live. Je dois avoir en tout six sources différentes avec lesquelles je peux faire des boucles. Je mélange tout ça sur une table de mixage avec des effets, puis j’envoie un gauche-droite. Tout se fait en direct. C’est une volonté que ce soit brut, avec ses défauts et ses avantages. Ce setup est finalement assez simple, mais il peut être utilisé de plein de manières différentes. Une même machine peut me servir à différentes choses durant le set. Ça me permet de passer facilement d’un instrument à l’autre et parfois même de jouer tout en même temps.

Quels sont tes projets à l’heure actuelle ?
Je travaille sur de nouveaux titres qui, je l’espère, seront disponibles assez rapidement. On prépare aussi une deuxième vidéo, cette fois avec un morceau plus long et dans un cadre plus sympa que celui d’un studio. L’idée ne change pas : jouer en direct et proposer une version différente de mes morceaux. Ça semble bien parti pour être le leitmotiv des prochaines sorties. En plus de donner un aperçu de ce que je joue en concert, ça monte que les morceaux ont une vie après avoir été fixés sur disque. C’est un projet encore récent, ça dépend aussi des propositions que je reçois. On m’a par exemple contacté pour faire la musique d’un court métrage. C’est encore en discussion, mais c’est clairement quelque chose qui m’intéresse : pouvoir me détacher de la composition pour travailler davantage sur les sons et les ambiances, et pousser certaines idées encore plus loin.

Photographie par Jean Sylvain Le Gouic

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