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12 juillet


Interview de Masayoshi Fujita, un artiste SHAPE

Le vibraphoniste Masayoshi Fujita se produira à Rennes en octobre 2016 pour le festival Maintenant et grâce à la plate-forme européenne SHAPE (Sound, Heterogeneous Art and Performance in Europe)

SHAPE est une initiative cofinancée par le programme Europe Créative de l’Union Européenne. En regroupant 16 organisations européennes à but non-lucratives du réseau ICAS (International Cities of Advanced Sound), il s’agit de créer une plate-forme de soutien, de promotion et d’échange des musiciens émergents et innovants, d’artistes croisant différentes disciplines et ayant une sensibilité pour les cultures sonores.

En attendant, Masayoshi Fujita a été interviewé pour l’association Electroni[k].

 

Bonjour Masayoshi. Adolescent, vous avez joué de la batterie dans un groupe de rock, mais ce n’est que plus tard, vers l’âge de vingt ans, que vous découvrez le vibraphone. Qu’est-ce qui vous a attiré dans cet instrument ?

Mon père jouait des disques de jazz à la maison, c’est comme ça que j’ai découvert le son du vibraphone. Le timbre profond et chaleureux de l’instrument m’avait plu. J’ai longtemps cherché un vibraphoniste avec lequel jouer, mais sans succès. Et puis un jour, j’ai rencontré un vibraphoniste jazz et je suis allé lui parler. Il m’a dit qu’il donnait des cours privés, alors je m’y suis inscrit. La première fois que j’ai joué du vibraphone, ça sonnait si joliment que j’ai décidé de changer d’instrument et de m’y mettre. J’adore la délicate vibration qu’il produit.

 

En 2006, vous quittez le Japon pour vous installer en Europe, à Berlin. Qu’est-ce qui vous y a poussé ?

À cette époque, je faisais une musique plus électronique et beaucoup de mes artistes et labels préférés étaient à Berlin. Alors, j’ai voulu y aller et m’y installer. Je crois que je cherchais un meilleur environnement, un cadre plus adapté et stimulant pour la création musicale.

 

Vous avez été choisi cette année par la plateforme européenne SHAPE pour promouvoir la créativité et l’innovation dans le domaine de la musique. Comment voyez-vous la scène émergente en Europe ?

Je ne connais pas bien les scènes musicales et je n’utilise pas vraiment de nouvelles technologies. J’essaie néanmoins de produire quelque chose de neuf et d’original. Cela ne passe pas nécessairement par l’usage de la technologie, ça peut être une esthétique, une proposition ou un point de vue différent. D’une part, la technologie offre davantage de possibilités à la musique et à l’art, mais de l’autre, je pense qu’on reste plus attachés aux instruments acoustiques et analogiques.

 

Qu’il s’agisse de musique ou de peinture, vous puisez votre inspiration essentiellement dans la nature. Pouvez-vous nous en dire plus sur vos estampes et leur rapport avec votre musique ?

J’ai commencé à réaliser des estampes pour la pochette de mon tout premier album sous le nom d’El Fog. Je voulais que cela reflète l’esthétique et l’atmosphère de la musique. Un même imaginaire habite ainsi la musique et le visuel, leurs racines sont communes. Et cet imaginaire est très lié à la nature, aux images de la nature que je collectionne en moi depuis mon enfance.

 

Vous êtes autodidacte dans le domaine de la composition. Pouvez-vous nous décrire votre manière de travailler ? Comment naît une chanson ?

Le plus souvent, je suis en train de m’amuser avec le vibraphone quand j’entends une harmonie, une mélodie ou même un accord qui me plaît. Alors, je rejoue ce passage encore et encore en essayant de le développer, de trouver la phrase suivante ou bien une variation. En général, une certaine image ou histoire est déjà présente et à mesure que je l’explore, la chanson gagne en épaisseur. J’enregistre de petits fragments que j’écoute et en répétant ce procédé, la chanson prend forme.

 

Vous avez publié deux albums solos électroniques sous le nom d’El Fog, mais en 2012, vous accouchez, sous votre véritable nom cette fois, de “Stories”, un projet entièrement acoustique. Votre dernier album “Apologues” s’inscrit dans cette continuité. Qu’est-ce qui a motivé cette nouvelle orientation ?

J’utilisais déjà le vibraphone à l’époque d’El Fog. À force d’en jouer, je me suis de plus en plus penché sur l’instrument lui-même. Et puis j’ai commencé à composer des chansons dessus. Pour moi, l’évolution s’est faite naturellement. J’apprécie toujours autant la musique électronique et je voudrais en refaire, mais pour le moment, je m’intéresse plus à la musique acoustique. Il n’est toutefois pas exclu que je revienne vers quelque chose de plus électronique dans un avenir proche.

 

L’expérimentation tient de toute évidence une place importante dans votre processus créatif, comment en êtes-vous venu, par exemple, à préparer votre instrument ?

J’ai fait partie d’un groupe de musique expérimentale et j’ai collaboré avec d’autres artistes de cette sphère. Pour ces projets, j’essayais différentes manières de jouer et de préparer mon instrument. J’ai par exemple placé toute sorte d’objets sur le vibraphone, j’ai aussi joué avec divers matériaux, etc. J’ai pu ainsi rassembler quelques bonnes idées que j’ai ensuite utilisées dans mon projet solo. Ma démarche reste toutefois « musicale », je ne cherche pas simplement à créer des bruits ou des effets bizarres.

 

Lors de la session improvisée avec le musicien Guy Andrews enregistrée pour la BBC3, vous jouez du vibraphone non pas avec les traditionnelles baguettes mais des archets de violon. D’où vous est venue l’idée ? Était-ce par curiosité ou bien cherchiez-vous à recréer un son en particulier que vous auriez entendu ou imaginé ?

Justement, c’est une technique que j’utilisais assez fréquemment dans mon ancien groupe. Aujourd’hui, c’est presque devenu naturel pour moi. Je me souviens qu’à l’origine, je cherchais avec cette technique à conserver la maîtrise du son. Quand on joue un instrument à cordes ou à vent par exemple, on produit un son qu’on contrôle ensuite avec l’archet ou avec notre souffle et nos doigts. Mais avec un vibraphone, soit on joue une note soit on étouffe le son, et c’est tout. Donc ce que je voulais, c’était un moyen de maîtriser le son du début à la fin. Évidemment, pour y arriver, ce n’est pas aussi simple.

 

En 2010, vous avez réalisé avec Jan Jelinek l’album “Birds, Lake, Objects”, comment est née cette collaboration ? Vous êtes-vous exclusivement concentré sur la partie vibraphone ou bien avez-vous pleinement participé à la composition ?

J’ai rencontré Jan à l’occasion du concert d’un ami. On a discuté et je lui ai ensuite envoyé mon album. Quelque temps après, on lui a proposé un concert auquel il pouvait inviter un autre artiste et il a pensé à moi. Le concert n’a finalement pas eu lieu, mais on a décidé d’aller à son studio et enregistrer quelque chose. J’ai utilisé différents effets sur le vibraphone ainsi qu’une pédale de loop et j’ai également un peu retravaillé certains morceaux.

 

Quels sont actuellement vos projets ? Une suite pour “Stories” et “Apologues”, ou peut-être le retour d’El Fog ?

Des concerts sont prévus cette année ainsi que des albums collaboratifs. J’ai commencé à rassembler quelques idées pour de nouvelles chansons, mais je ne sais pas encore ce que cela va donner. Il me faut plus de temps pour les développer.

 

 

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