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15 September


Interview de Myriam Bleau

Après Vancouver, Zagreb, Rome et le festival Scopitone à Nantes, l’artiste québécoise Myriam Bleau posera ses toupies lors de la Nuit Arts & Sciences Lumières le 15 octobre prochain et pour Super Week-end ! les 17 et 18 octobre dans le cadre de l’édition 2015 du festival Maintenant. Elle viendra présenter à Rennes sa performance « Soft Revolvers ».

Rencontre avec Myriam Bleau.

Myriam, tu es artiste multimédia, compositrice, musicienne (violoncelle, guitare et piano). Peux-tu te présenter ? Quel est ton parcours artistique ?
Tu es encore en train de suivre des études de maîtrise en composition à l’Université de Montréal ?

Je termine en ce moment ma maîtrise en compo électro. Avant ça, j’ai fait des études en guitare jazz et la majorité de mes projets étaient instrumentaux, bien que je continuais à composer des pièces électroniques entre deux pratiques. Depuis environ deux ans et demi, je me concentre surtout sur ma pratique en nouveaux médias, créant des installations et des performances. La musique est cependant toujours au centre de mon travail.

Il y a des touches hip-hop et pop dans ton travail. Tu viens de ce milieu ?

Je ne prétendrais pas revendiquer un héritage hip hop, mais j’ai effectivement joué comme guitariste dans un groupe hip hop pendant quelques années. Je faisais également beaucoup d’arrangements et de « beats » pour le groupe (que j’ai fondé d’ailleurs, il me semble). Je me suis toujours intéressée à l’hybridité des styles : la majorité de mes projets mariaient influences populaires et traditions plus classiques.

SOFT REVOLVERS from Myriam Bleau on Vimeo.

Dans une pièce sombre, tu manipules 4 toupies transparentes, tu passes de l’une à l’autre. Ces toupies émettent de la lumière et des sons selon le mouvement de rotation. Chaque toupie a un son d’instrument différent. Tu peux nous en dire plus sur ces toupies ? Est-ce toi qui les as conçues ?

Oui, je les ai conçues. Je crois que la cohérence du projet vient en partie de ça, du fait que la musique et les objets proviennent d’une même intention de départ. Chaque toupie est associée à un ensemble de sons particuliers, comme un instrument. On peut penser à la performance comme à celle d’un DJ qui peut manipuler chaque piste séparément. Dans mon cas, chaque toupie contrôle une « piste » dans la composition.

Peux-tu nous expliquer comment tout cela fonctionne ? Comment le son, le mouvement et la lumière sont reliés ? Il y a aussi un visuel derrière toi toujours associé à tous ces éléments.

Leur fonctionnement est somme toute assez simple. Chaque toupie est munie de senseurs et d’une puce WIFI qui permet la communication avec mon ordinateur portable, sur lequel je roule une patch Pure Data (un langage de programmation visuelle). J’utilise principalement les données des gyroscopes, qui m’informent sur la vitesse de rotation des objets. En fonction de la vitesse et des manipulations effectuées, je génère ensuite des processus musicaux : par exemple des sons percussifs qui accélèrent et décélèrent ou encore des transpositions sur des échantillons vocaux. La luminosité des LEDs à l’intérieur des toupies suit assez fidèlement les sons qui sont joués par l’objet, afin de permettre au public, dans la mesure du possible, de reconnaître quelle toupie joue quel son ! La projection vidéo derrière moi est une simple captation vidéo de la table de performance en direct, une caméra étant accrochée au plafond. Le résultat joue plusieurs rôles : il renseigne sur mes mouvements, tout en étant assez abstrait pour offrir un complément esthétique à la musique.

Associer un son à la lumière. Il y a un lien très fort qui se crée entre ce que le spectateur voit et entend. Est-ce qu’il y a une part d’improvisation dans ta performance ? Est-ce une nouvelle expérience à chaque fois ?

J’ai un canevas assez précis, avec des sections préétablies. Cependant, j’ai beaucoup de flexibilité à l’intérieur de cette forme. La nature imprévisible des objets demande une part d’improvisation : je ne sais jamais exactement combien de temps tournera telle toupie, ou si certaines entreront en collision. Je dois donc toujours être à l’écoute et réagir à la situation dans laquelle je me retrouve.

Cela fait quelques temps que tu présentes Soft Revolvers  dans différents festivals. Ton travail a-t-il évolué sur cette performance ? As-tu amélioré, changé certaines choses ?

Oh oui ! J’ai présenté cette performance environ 25 fois sur un peu plus d’un an. Chaque fois j’ajuste, je règle des problèmes… J’ai de nouvelles idées en performance aussi, que j’intègre dans mon programme par la suite. J’essaie de changer au moins un élément avant chaque performance, question de me tenir alerte.

Cette performance doit être plutôt sportive et éprouvante pour toi ? Gérer les toupies pour qu’elles ne tombent pas, qu’elles ne s’entrechoquent pas… Il y a une sorte de tension perceptible ?

Je crois que cette tension est perceptible, oui. Bien sûr, c’est plus dur à rendre dans une grande salle où le public est éloigné. Cependant, le caractère très physique de la performance est toujours ressenti. Je finis la performance complètement essoufflée.

C’est une approche minimaliste et intimiste. C’est ce que tu recherches ? La proximité avec le public ?

Il y a quelque chose d’unique dans les musiques improvisées, jazz ou autre. Lorsqu’on connaît un peu les codes utilisés, on peut participer activement au jeu entre les instrumentistes, on se pose des questions sur la suite et on participe aux dynamiques de tension. Peut-être sans m’en rendre compte au départ, je crois que c’est cette atmosphère que j’ai essayé de recréer dans Soft Revolvers, peut-être plus difficile à atteindre avec la musique électronique. J’essaie de réduire la théâtralité superflue dans ma performance, je veux mettre en avant l’acte de créer de la musique.

J’ai entendu dire que tu trouvais la plupart des concerts de musique électronique visuellement ennuyeux et que tu trouvais cela frustrant. C’est pour cela que tu crées des performances comme Soft Revolvers ? Besoin de quelque chose d’autre qu’un DJ derrière son ordinateur portable ? Besoin de donner un sens à ton live ? En utilisant des objets, tu veux montrer clairement que le son vient de toi et pas simplement d’une machine ?

La question de la performance en musique électronique est très complexe. Ce n’est pas que je trouve les concerts ennuyeux, ce serait une généralisation naïve de ma part et j’ai eu plusieurs expériences transcendantes lors de concerts de laptops au format standard. Ce que je déplore, cependant, c’est à quel point ce format est devenu un standard, bien qu’il soit difficilement justifiable conceptuellement. Le musicien sur scène n’a très souvent pas besoin d’y être…

Il n’y a peut-être pas de solution à ce problème. Mais je salue toujours avec enthousiasme les propositions qui sortent de la convention. Soft Revolvers n’est qu’une manifestation de mon questionnement.

Tu as toujours eu un intérêt particulier pour manipuler des objets familiers, comme des ampoules ou des verres. Pourquoi ? Tu penses que cela facilite la compréhension du spectateur ?

Mon intérêt est double. D’une part, l’utilisation d’objets familiers, même dans une version recontextualisée, me permet d’insuffler des connotations particulières dans la performance, ce qu’une interface totalement nouvelle ne pourrait pas faire. J’évite ainsi d’avoir l’air de manipuler un bidule technologique non-identifié sur scène. D’autre part, je pense que les objets familiers éveillent la mémoire corporelle des spectateurs : ils s’imaginent en train de jouer eux-mêmes avec l’objet, comprennent son fonctionnement pour l’avoir manipulé précédemment, et ainsi sont plus engagés dans la performance.


Quel sera ton prochain objet fétiche ? Tu peux nous parler de ton prochain travail avec un télégraphe ?

Je travaille en ce moment sur un projet d’installation autour de l’objet du télégraphe. Peut-être plus qu’avec Soft Revolvers, mon but est de proposer une abstraction de l’objet, une recontextualisation de ses éléments constituants plutôt que de mettre en scène la nostalgie pour un objet rétro. L’utilisation d’un objet me sert de point de départ symbolique pour créer une machine nouvelle, ayant sa logique propre. Je me base sur le «Marconi spark gap transmitter», qui produisait des étincelles électriques à chaque coup de clé tapé par l’opérateur. Mon projet utilise donc le potentiel rythmique du code morse pour des compositions algorithmiques, l’attrait visuel des arcs électriques et explore le sujet des modes de communication.

D’autres artistes québécois ont déjà été accueillis à Rennes par Electroni[k] (Herman Kolgen, Martin Messier, Nicolas Bernier…). Quel lien entretiens-tu avec ces artistes ? Il y a certains liens entre vos projets. Est-ce que vous échanger à ce sujet ?

Je suis une nouvelle venue sur la scène, mais je connais bien ces artistes pour les avoir croisés à plusieurs reprises à Montréal ou dans d’autres festivals. Nicolas Bernier est mon directeur de maîtrise alors évidemment, nous discutons beaucoup des questions de performance, de théâtralité, d’authenticité, etc… Nous tirons des conclusions différentes, à travers nos travaux respectifs, mais c’est toujours stimulant d’échanger sur ces sujets.

Peux-tu nous citer un artiste québécois que tu aimes particulièrement actuellement ?

Question difficile ! Bien que ce ne soit pas un travail musical, j’adore ce que fait Samuel Saint-Aubin. Il crée des installations simples, pleines d ironie subtile et superbement réalisées techniquement.

 

Tu es pianiste et guitariste de formation. Tu as fait beaucoup de musique instrumentale, de la guitare électrique, du jazz, du jazz-rock, de la pop, du hip-hop. On retrouve toutes ces influences dans Soft Revolvers ?

J’ai surtout une formation de guitariste. Bien que le médium soit assez différent, mon expérience en performance et mon goût du risque développé avec le jazz m’aident énormément dans ma pratique actuelle. Côté hip hop, les influences sont assez évidentes dans la musique de Soft Revolvers, peut-être dans mon attitude aussi.

Est-ce que tous ces univers te manquent ? Reviendras-tu à de la composition de musique plus classique un jour ou l’aspect visuel est trop important pour toi maintenant ? Tu trouves cela plus créatif peut-être ?

Difficile à dire pour l’instant. Je fantasme souvent sur des projets avec instruments sur scène. Je pense cependant qu’il sera impossible pour moi de revenir à une pratique uniquement instrumentale, par exemple. L’hybridité semble toujours plus honnête dans mon cas.

Merci Myriam.

Propos recueillis par Catherine Rué

Nuit Arts & Sciences Lumières

Dans le cadre de l’année internationale de la lumière.
La Nuit Arts & Sciences est un projet développé par le service culturel de l’Université Rennes 1 et Electroni[k] avec le soutien de l’Université de Rennes 1, l’INSA de Rennes, la Direction Vie Associative Jeunesse de la Ville de Rennes.

Jeudi 15 octobre 2015 – 21h00 à 00h00
Le Diapason – Université de Rennes 1 – Campus de Beaulieu – Allée Jules-Noël – Rennes
Bus lignes 3, 31, 64 : arrêts Vitré Foulon, Vitré Danton
Bus lignes C4, 6, 67, 40ex et 41ex : arrêt Beaulieu Tournebride

Super Week-end !

Lorenzo Bravi (It) – Hugobiwan (Fr) – Myriam Bleau (Qc) – Alisa Andrasek (HL) & Jose Sanchez (CL) – Cyril Diagne (Fr) – Joséphine Herbelin (Fr) – Jacques (en direct) (Fr) – Chambry (Fr) – Corentin Lebris, Adrien Schmouker, Rodolphe Dugueperoux (Fr) & Ishac Bertran (Es)

Samedi 17 et dimanche 18 octobre – 14h00 à 18h30
Le Cadran – 11 avenue André-Mussat – 02 57 24 00 40
www.3regards.com
Ligne C4 : arrêt Beauregard

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