Menu
  • fr

2 novembre


Interview Nils Völker

Interview Nils Völker

Propos recueilli en octobre 2015 par Clémence Vole

22159965266_cf9b96193e_o

Nils, vous êtes né à Aalen en Allemagne, c’est bien ça ? Pourquoi avoir déménagé à Berlin par la suite ?

En fait, c’est quand j’ai commencé mes études de graphisme. Après cela, j’ai commencé à chercher du boulot et mon frère était graphiste également et travaillait à Berlin. Il avait un sacré portefeuille de clients et avait besoin d’aide, du coup il m’a demandé de le rejoindre à Berlin pour quelques temps mais j’y suis resté depuis. Là, ça fait environ 11 ans que j’y habite. Voilà, c’est comme ça qu’on a travaillé ensemble pendant environ 5 ans et pendant cette période, j’ai bien aimé pouvoir passer du graphisme à l’art.

Comment êtes-vous devenu artiste ? Pourquoi être passé de la communication graphique à l’art ?

C’est une coïncidence. Quand j’étais graphiste, j’ai découvert un jeu de construction Légo pour enfants, avec lequel on pouvait construire de petits robots. Il s’est avéré être très amusant de jouer avec et finalement, on peut construire des choses assez complexes. Mais au début, c’était juste un passe-temps. Et puis j’ai reçu un mail d’une artiste néerlandaise qui me demandait si je pouvais construire une machine pour son exposition. Et c’est la première fois que j’ai réalisé que ces Légo pouvaient signifier bien plus qu’un hobby. J’ai eu de plus en plus d’idées, plus complexes aussi, alors je suis passé à la « vraie » électronique et ai découvert un tout nouvel univers.

La technologie n’était donc pas très présente au début ?

Non, pas du tout. Je n’ai jamais étudié l’électronique ou l’ingénierie. Parfois, j’aimerais avoir plus de connaissances dans ces domaines mais en même temps c’est un sacré challenge d’apprendre de nouvelles choses à chaque nouveau projet.

Pensez-vous que votre formation en communication a une influence sur votre travail ?

Je ne sais pas. En fait, je pense que cela n’a pas d’influence. Mais bon, chaque chose que l’on fait à un certain moment de notre vie a forcément une influence sur quelque chose. Mais je pense qu’il n’y a pas de lien direct entre le graphisme et les projets artistiques que je fais aujourd’hui.

En 2010 vous avez créé One Hundred and Eight, qui était le début d’une série d’installations basées sur le gonflement et le dégonflement de sacs et coussins. Qu’est-ce qui vous a poussé à créer cette première installation ?

C’était également plus ou moins une coïncidence (rires). J’ai mis la main sur 200 petits ventilateurs pour une bouchée de pain. Mais pour être honnête, à ce moment-là, je ne savais pas du tout ce que j’allais en faire, alors j’ai commencé à jouer avec. Et c’est comment ça que j’ai eu l’idée de créer un écran qui utiliserait des sacs poubelles gonflants comme pixels. Après un très long moment à construire ce truc, j’étais très déçu car ça ne marchait pas comme je l’avais imaginé. Dans le même temps, j’avais créé une simple séquence test, le gonflement d’une ligne les unes après les autres, qui était étonnement très belle et captivante. Alors j’ai laissé de côté la première idée et ai continué d’expérimenter avec ces mouvements organiques, qui faisaient comme des vagues.

Pourquoi avoir décidé de répéter ce concept ? Est-ce l’une des directions de vos travaux sur ces installations, les faire de plus en plus grosses en utilisant de plus en plus de sacs ?

Pas nécessairement de plus en plus grosses. Quand j’ai commencé, je voulais juste construire cette première installation mais je suis toujours étonné que l’on puisse construire des installations si différentes en utilisant des sacs différents, des matériaux différents, de différentes tailles et formes. C’est aussi une des raisons pour lesquelles je crée des installations en fonction des lieux. J’aime le processus de recherche de matériaux et d’aménagements pour chaque espace. Bien qu’évidemment, chaque nouveau projet soit en quelque sorte basé sur ce que j’ai pu faire avant, d’un point de vue technique, mais également sur les connaissances que j’ai pu accumuler.

Qu’est-ce que vous voulez dire par connaissances ? Sur la technologie ?

Oui, bien sûr. A chaque nouvelle installation j’apprends beaucoup de choses en électronique, sur des nouveaux composants, le codage, tout ça. Mais il n’est pas seulement question d’aspects techniques. J’ai beaucoup de chance de pouvoir travailler dans des lieux d’expositions incroyables comme le Théâtre du Vieux Saint-Étienne à Rennes par exemple, c’est toujours un défi de pouvoir s’immerger dans un lieu et trouver la meilleure solution possible.

Oui, j’ai remarqué que les sites où vos travaux sont exposés ont toujours leur importance. Vous avez exposé à L’Eglise du Vieux Saint-Sauveur à Caen, à l’Espace Saint-Sauveur à Issy-Les-Moulineaux, et maintenant à Rennes au Théâtre du Vieux Saint-Étienne.

En fait, c’est très drôle parce que ça va être la 3ème exposition que je fais en France et à chaque fois, c’était dans une église !

Est-ce encore une totale coïncidence ?

Je n’en ai aucune idée, peut-être qu’en France il y a plus d’anciennes églises converties en espace d’exposition qu’ailleurs ? Mais il ne s’agit probablement que d’une coïncidence, une très jolie d’ailleurs parce qu’une telle église est un endroit fantastique avec une atmosphère très particulière. L’opposé d’un cube blanc immaculé.

J’imagine que vous adaptez toujours vos travaux aux lieux d’exposition. Mais que recherchez-vous en adaptant votre  travail à un endroit en particulier ?

Mon travail sera suspendu différemment à Rennes que la manière dont il était suspendu dans d’autres lieux. La première fois que j’ai présenté l’installation Seventeen, c’était en Allemagne pour un musée où il était suspendu au dessus d’un escalier. L’installation guidait les spectateurs dans cet espace, de l’étage inférieur à l’étage supérieur. Puis lorsque Seventeen a été présenté à Paris, ça a également été dans une église. Je disposais de ce merveilleux endroit où se situait l’autel, Seventeen était positionné en ovale au milieu de l’espace entouré d’anciens vitraux.  Cette fois-ci à Rennes, je peux utiliser la totalité de l’église, ce sera donc plus ou moins au milieu. En fait, c’est très difficile d’expliquer par des mots la manière dont Seventeen sera suspendu. Ce sera en quelques sortes en forme de V, il faudra que vous veniez voir.

Qu’est-ce qui motive vos choix de matériaux, la taille et le nombre de coussins utilisés, la fréquence des variations, etc. ? Est-ce que c’est de l’expérimentation pure et simple ?

Et bien, la taille, les matériaux et couleurs sont principalement basés sur les expositions et leurs lieux. Par exemple, il y a quelques années, je présentais une exposition dans une très ancienne église, plutôt en mauvais état, à Caen. L’exposition était présentée dans le cadre du festival Normandie Impressionniste dont le thème de l’édition cette année-là était l’eau. J’ai donc choisi d’utiliser des coussins argentés comme contraste visuel mais aussi parce que les sons de l’aluminium utilisé ressemblaient parfaitement à ceux des vagues sur un brise-lames. En ce qui concerne les mouvements, j’ai habituellement un ensemble d’idées au préalable mais je m’occupe de la majeure partie de la programmation sur place puisque l’on peut se rendre compte directement de ce qui fonctionne le mieux avec la mise en place définie.  

Pourquoi avez-vous choisi de nommer vos œuvres en fonction du nombre de coussins utilisés ?

La raison principale est que je ne souhaite pas orienter les visiteurs vers une interprétation ou une autre. Par exemple, si vous appelez une installation « Nuages dans le ciel » ou autre, tout le monde verra des nuages dans le ciel et non pas ce qu’ils souhaitent voir dans cette installation. Les gens voient toutes sortes de choses, comme l’océan, des créatures, … Certaines personnes voient des visages dans les sacs, que je n’ai personnellement jamais réussi à voir. Et c’est très intéressant d’avoir toutes ces réactions différentes. Les gens voient tellement de choses dans mon travail auxquelles je n’ai jamais pensé.

21622036593_3d031eb2a2_o

Cela fait partie intégrante de votre travail que de ne pas guider le regard du spectateur et de laisser libre cours aux interprétations ?

Oui, absolument.

Et vous, que voyez-vous dans vos installations ?

J’ai bien sûr quelques idées en tête mais je ne veux pas limiter les gens à ma vision personnelle. Je fais de l’art pour beaucoup de raisons mais peut-être avant tout parce que j’aime les différentes facettes de ce travail. J’aime fabriquer, expérimenter, j’aime essayer de nouveaux matériaux et d’une manière générale tout le processus depuis l’idée initiale jusqu’à la mise en place de l’installation.  D’autres artistes peuvent avoir une idée en tête et ils essaient de trouver le meilleur moyen d’exprimer cette idée,  De mon côté, j’aime ne pas savoir exactement où est-ce que je vais quand je commence à travailler.

Pourquoi est-ce que c’est une chance pour vous d’être invité au festival Maintenant ?

D’abord, je pense que c’est un festival vraiment bien. Malheureusement je n’y suis encore jamais allé mais j’ai vu que la programmation et les artistes présents cette année étaient très bons. Une alliance d’arts, de musique et de performances.

Des performances musicales auront lieu au Théâtre du Vieux St-Etienne pendant le festival. Pensez-vous que ce soit intéressant de mettre votre travail en contact avec d’autres ?

Oui, bien sûr. Pour chaque exposition, il y a toujours une connexion entre plusieurs travaux. Cela peut être très difficile mais parfois en résulte quelque chose de surprenant et satisfaisant. Pour la toute première présentation de l’installation Seventeen en Allemagne (2013), il y avait une autre installation placée juste à côté d’une lumière très colorée, ce qui modifiait complètement la couleur de tout l’espace d’exposition. Au début, je n’étais pas sûr du résultat de cette mise en place mais finalement il s’est avéré que les deux pièces se complétaient parfaitement. Ainsi, j’ai hâte de voir comment les performances et mon installation s’accorderont dans le même espace pendant le festival Maintenant.

Quelle direction prendra votre prochaine installation ?

Je continue d’expérimenter et de créer de nouvelles versions de cette série d’installations. Il y aura une belle exposition à Munich en novembre, où je vais présenter une salle entière remplie de coussins. Vous entrerez donc dans l’espace et vous serez totalement encerclé de coussins. Mais je travaille aussi en parallèle sur une installation complètement différente sans ventilateur ni coussin, pour ma galerie, à Berlin qui sera présentée en mars l’année prochaine.

Autres actualités

Interview de LAAKE

Retrouvez la performance au piano de LAAKE  dans l’Expérience 3 du festival Maintenant 2017, le vendredi 13 octobre. En attendant, découvrez ce jeune artiste au travers de l’interview réalisée par Marion Vannier. Comment t’es venue l’envie d’être musicien ? Petit, …

Rencontre avec SoulBarex’ pour l’inauguration du festival Maintenant 2017

Anthony et Vincent du SoulBarex’, un lieu hybride au cœur de Rennes, inaugureront le festival Maintenant le 10 octobre prochain dans une ambiance électronique. SoulBarex’ ou le laboratoire SoulBarex’ a ouvert ses portes il y a 3 mois et demi. …

Myriam Bleau explique sa performance autopsy.glass

Dans le cadre de l’Expérience 2, le jeudi 12 octobre au Tambour, Myriam Bleau revient participer au festival Maintenant en nous proposant son autopsy.glass. Cette jeune artiste canadienne fait parler des verres qui se brisent, découvrez son projet à travers …