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Publié le 13 septembre

Interview de Fraction – Nuit Textiles 2.0 – Festival Maintenant 2017

Fraction présentera sa performance créée avec Louis-Philippe St-Arnault, Entropia, lors de la Nuit Textiles 2.0 pour le festival Maintenant 2017. En attendant, découvrez son interview. 

 

Bonjour Éric, tu as commencé ton parcours en tant que musicien, qu‘est-ce qui t‘a amené à travailler sur des scénographies ou des installations ?

Ça a été un mouvement assez naturel et progressif qui s’est opéré depuis 2005, au moment où je me suis mis à la production électronique. Assez vite ensuite, la production n’a plus suffit à me nourrir émotionnellement. J’avais besoin de quelque chose qui allait plus loin, de nouveauté aussi. Je me suis donc petit à petit tourné vers un processus créatif plutôt experimental, où je ressens moins la monotonie, la répétition. Cela implique de travailler sur différents fronts, avec une approche pluridisciplinaire qui me plaît pas mal. De fait maintenant je compose moins, mais quand je m’y mets je suis plus dans le recul et l’énergie, je crois que cette bascule m’a permis aussi de gagner en ‘fraicheur’.

 

Quel a été le processus de création d‘Entropia ? D‘abord une réflexion sur la scénographie ? Les images ? Le son ?

Entropia a une histoire vraiment particulière. J’ai fait un gros travail de conceptualisation intellectuelle en parallèle à un processus créatif dans le cadre d’une résidence à la SAT (Montreal). L’histoire a vraiment commencé sur ma volonté de penser différement la performance électronique d’un point de vue sonore. Le dôme de la SAT était forcément l’écrin parfait pour entamer ce travail puisque que le lieu est atypique et requiert de repenser en long et en large l’idée de la performance. J’ai commencé par développer un panel de nouveaux outils pour me permettre de spatialiser le son en temps réel. L’écriture multicanal possède une longue tradition en France, mais ce qui m’intéressait n’était pas la diffusion électo-acoustique spatialisée, qui est  souvent fixe et peu dynamique par rapport à ce que je voulais faire. Je voulais créer des outils spécifiques à cette performance, qui pourraient être utilisés dans différents contextes mais surtout qui seraient les mieux adaptés à mon son, et ce que je recherche dans ma pratique. La performance s’est construite sur la trame sonore que j’ai écrit, et qui était elle aussi pensée pour être utilisée avec ces outils. La scéno, l’image et la lumière sont venues dans un second temps avec l’arrivée de Louis-Phillipe St-Arnault dans le projet.

 

Qu‘est-ce-que tu souhaites faire passer avec ce projet ? 

Quand j’ai écrit le storyline, j’étais absorbé par les concepts metaphysique et astrophysique autour de l’entropie, les équilibres énergétiques et les répercussions de certaines théories sur notre environnement. C’était comme une inspiration, voire une obsession, notamment le travail sur l’idée du chaos. La compréhension des mécanismes entropiques aident à bien comprendre ce qu’il se passe vraiment avec le changement climatique et le reste du dérèglement que l’homme impose à son environnement. Et ça aide aussi à voir ce qu’il serait nécessaire de faire pour vraiment que ça change. Ce qu’on ne dit pas assez, c’est que tout ce qui existe, est une transformation d’énergie. Absolument tout. Pour limiter son empreinte, soit notre mode de vie devient plus efficace dans sa transformation (à un niveau de fou), soit il arrête de transformer (mais disparait). Il n’y a aucun horizon à part ça. A l’opposé de l’entropie justement, vient la synergie, sur laquelle a beaucoup écrit Buckminster Fuller, l’architecte qui a popularisé le dôme géodesique, que l’on voit fleurir à nouveau un peu partout en ce moment. Ce dôme est un artefact d’équilibre énergétique, puisque c’est la seule forme géométrique connue qui devient plus solide à mesure qu’elle grandit. Ça c’est pour la partie conceptuelle, sur laquelle je pourrais en dire encore beaucoup plus… Dans ce contexte, j’ai commencé à ecrire Entropia, presque comme un film en fait. C’est très narratif, tout en restant une expérience mentale intense que chacun peu interpréter comme il le ressent. Néanmoins, le parti pris reste en lien avec mon inspiration du moment, et cet horizon inévitable. 

 

Tu as travaillé avec Louis Philippe St-Arnault sur Entropia, quel est l‘apport de chacun d’entre vous ?

 À la fin de ma résidence sur la spatialisation sonore, je suis allé trouver LP qui dirige le département immersion de la SAT avec cette idée de scéno encore un peu vague, et l’idée de construire un objet lumineux sous la forme d’un dôme géodesique. Intéressé par le projet, il s’est chargé de constuire cet objet totalement custom et d’en faire la programmation – puisqu’il y a 6000 pixels de led totalement adressés. C’était un boulot de fou ! Je suis bien content qu’il ait fait parti de l’aventure avec moi spontanément. On a ensuite partagé la direction lorsqu’il s’est agît de produire la performance, avec en complément, l’apport de contenus sur l’aspect visuel de Nature Graphique et Creation Ex Nihilo. Aujourd’hui LP et moi tournons le projet ensemble.

 

Quel est l‘objet du partenariat avec la SAT à Montréal sur Entropia

La SAT a coproduit la performance en nous invitant en résidence de création en 2015. C’est l’étape qui nous a permis de finaliser la pièce, où toutes les pièces du puzzle se sont assemblées.

 

Quels rapports entretiens-tu avec la scène québécoise ? 

Depuis 2013 via des résidences ou des festivals, je fais régulièrement des séjours à Montréal. De fait, je me suis intéressé à ce qu’il s’y passait. C’est un territoire très dynamique où il est moins compliqué il me semble de lancer des projets. Par contre, les artistes ici visent surtout à venir en Europe pour tourner, puisque la densité d’évènements offrent des perspectives plus importantes qu’en Amérique du Nord. Mes liens les plus forts sont avec la SAT qui m’a vraiment bien soutenu au moment venu.

 

Entropia a été présenté au Canada, en Chine, en Europe, d‘autres présentations sont-elles prévues bientôt ?

Cela fait deux ans qu’on tourne le projet et on en attendait pas autant pour être honnête. Beaucoup de gens ne découvrent que maintenant la performance. La vidéo qui a déjà été pas mal vue ne rend pas bien compte de l’expérience si particulière en live, surtout sur l’aspect sonore. Cela implique que plus nous jouons, plus nous avons de sollicitations. Nous venons de jouer à Mutek et les retours nous donnent à espérer que nous allons encore le faire tourner. 

 

Quelle vision as-tu de la plate-forme SHAPE

C’est une initiative vraiment intéressante et structurante qui a le mérite d’apporter une réponse à des questions que nous, artistes, nous nous posons lorsque nous sommes rendus à faire tourner une œuvre. On pourrait presque espérer que la plateforme ait un jour plus de moyen pour éventuellement aider des projets plus audacieux, qui pourraient être plus coûteux à produire, ce qui est le cas dans un contexte audiovisuel.

 

Tu connais bien Rennes. Quel regard tu portes sur la ville et les projets culturels qui y naissent ou qui s‘y déroulent ?

Ah ca oui, je connais Rennes ! J’y ai perdu pas mal de points de vie :) 
Je trouve que c’est quasiment la taille de ville idéal pour vivre. Je connais aussi bien les différents evenèments, puisque pour la petite histoire j’ai joué au Trans en 2001. Sur l’aspect artistique dans le champ qui m’intéresse, Rennes pourrait être un peu comme Montréal, un terreau génial pour produire de nouveaux projets, avec des coûts de production plus maitrisés qu’à Paris par exemple. Je crois que c’est un peu le cas déjà, mais le fait d’être dans un pays centralisé autour de Paris, limite en visibilité les efforts de la ville et des différents acteurs. 

 

Quels sont les projets artistiques du moment qui te plaisent ou t‘inspirent ?

Je n’ai pas eu récemment de coup de cœur spécifique. Dans le champ de l’audiovisuel, je reste un grand admirateur de Ryochi Kurokawa, et j’adore son dernier Node 5:5oeu. Ce qui m’intéresse avant tout maintenant sont les partis pris radicaux, et les œuvres qui vont venir me secouer émotionnellement. Je reste convaincu que bien au-delà de la technique mise en œuvre, ce qui fait qu’une œuvre restera marquante est sa pertinence artistique et ce que les gens ressentiront.

 

> Vimeo Entropia

 

 

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