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Publié le 24 août

Interview de Myriam Bleau – Expérience 2 au Tambour, Université Rennes 2

Dans le cadre de l’Expérience 2, le jeudi 12 octobre au Tambour, Myriam Bleau revient participer au festival Maintenant en nous proposant son autopsy.glass.

Cette jeune artiste fait parler des verres qui se brisent, découvrez son projet à travers cette interview.

 

Pourquoi as-tu choisi de créer une performance artistique autour du verre ? Peux-tu expliquer la genèse de cette pièce ?

Je dois avouer que je m’intéressais davantage à la tension que cet objet peut susciter, plutôt qu’à l’objet lui-même. La fragilité, l’anticipation, les réactions physiques involontaires lorsqu’un verre se brise. Si la musique induit une réponse physique chez l’auditeur – par mimétisme, les rythmes ou la hauteur des sons produisent une sensation corporelle analogue, je voulais tenter la juxtaposition entre, d’une part, une tension et une narration musicale, et d’autre part, une tension et une théâtralité liée à la destruction d’objets fragiles.

Travailler avec des objets tout en conservant une cohérence dans l’interaction limite les possibilités. Je désirais donc travailler avec un object qui me propose une palette de sons et de manipulations assez riche pour le travail compositionnel.

 

Qu’est-ce que cette matière t’inspire ? 

Le verre a vin a des symboliques multiples. Dans la disposition que je présente au début de la performance, il rappelle l’événement mondain ou encore le verrillon (je viens tout juste de découvrir le terme français pour « glass organ »!).

Lorsque je réfléchissais aux moyens par lesquels j’allais briser les verres, je me suis inspirée des instruments de torture du Moyen-Âge, qui sont caractérisées par un processus lent, douloureux. Je m’intéressais aussi à l’univers de la médecine; j’utilise d’ailleurs plusieurs outils médicaux durant la performance, différents marteaux et pinces réservés à des usages plutôt macabres. 

 

L’extrait vidéo présentant ton projet a provoqué chez certains de nos collaborateurs un sentiment mélangeant la curiosité et la gêne. Notamment l’attente du moment où le verre va inexorablement se briser. Quel(s) sentiment(s) espères-tu provoquer chez les spectateurs ? 

Je veux avant tout susciter une réaction physique chez les spectateurs, mais je ne ressens pas le besoin que les gens interprètent la performance de la même façon. Certains ressentiront tension et anticipation, d’autres le côté libérateur ou ‘destroy’, d’autres auront peur que je me blesse. J’ose espérer pouvoir engager les spectateurs ‘physiquement’,  peu importe le degré.

 

Combien de verres mettras-tu à l’épreuve lors du festival Maintenant ?

Le dispositif de performance comporte 36 cases lumineuses, chacune munie d’un verre. En général il reste peu de verres intacts à la fin du spectacle…

 

Quel est le poids du numérique dans cette expérience ? Comment l’utilises-tu ?

Dans le cas d’autopsy.glass, le numérique agit principalement au niveau de la scénographie, des effets lumineux et de la narrativité. En effet, les outils numériques que j’utilise pour cette performance, assez rudimentaires, me permettent une temporalité fragmentée, plus complexe que si je me limitais aux possibilités acoustiques de manipulations avec les objets.
Le contexte numérique me permet également de dépasser le lien causal geste-son, comme avec les instruments acoustiques traditionnels, pour élaborer des liens plus complexes, où le geste et l’énergie insufflés dans le système contrôlent des patrons lumineux, des processus musicaux détaillés, des changements abrupts d’atmosphère. 

 

Penses-tu qu’à notre époque le numérique est devenu indispensable dans une œuvre artistique, quel que soit le genre de celle-ci, pour capter l’attention du public ? 

Absolument pas. Simultanément, le numérique devient si omniprésent qu’il en pert sa spécificité : tout est numérique. 

 

Quel est la prochaine création sur laquelle tu travailles ? 

Je travaille en ce moment sur plusieurs projets en parallèle. J’ai une nouvelle série d’installations intitulée Stories of Mechanical Music où je juxtapose le concept de la boîte à musique et celui de la ‘playlist’ sur les services de distribution musicale en ligne dans un objet hybride. J’ai aussi d’autres projets de performance en gestation, mais je préfère en parler lorsqu’ils seront plus avancés.

 

Comment définirais-tu ta discipline ou ton champs d’action ? Musicienne ? Performeuse ? Arts numériques ? Musique ? 

Quelque part entre tout ça. L’étiquette m’importe peu.  La musique demeure un élément important dans ma pratique parce que je ressens encore le besoin d’explorer la temporalité dans un contexte numérique. 

La tendance prévalente est d’utiliser la plateforme du son, du sonore, plutôt que de la musique, pour explorer le potentiel de nouvelles technologies. Je demeure attachée au processus de composition, à cet exercice de créer une progression temporelle intéressante avec des matériaux limités.

Comme mentionné plus haut, la spécificité des arts numériques s’effrite et perd son sens à mesure que le numérique devient de plus en plus omniprésent. Pour cette raison, je pense que je suis à l’aise avec ce dénominatif : bientôt, il ne voudra plus dire grand chose.

 

Il y a plusieurs artistes qui explorent des champs similaires au Québec, notamment Martin Messier et Nicolas Bernier. Y a t-il une « école québécoise » ? Est-ce que vous échangez entre vous ? 

J’ai souvent croisé Martin et Nicolas en tournée dans les dernières années, beaucoup plus qu’à Montréal. Je pense avoir vu Field plus d’une dizaine de fois. Bien que nos démarches esthétiques soient très différentes, c’est toujours inspirant de suivre leurs projets, de voir comment ils renouvellent leur approche à l’audiovisualité et à la scénographie à mesure que le climat technologique et artistique se transforme.

D’autres amis montréalais font également des performances plus physiques, avec des objets ou des dispositifs scéniques uniques. La communauté est inspirante. À savoir si l’on peut parler d’une école montréalaise, on verra. Montréal est une ville très dynamique culturellement, avec sa saveur propre. Le fait que nous soyons un peu isolés de l’Europe nous a permis de développer quelque chose d’original.

 

As-tu l’envie de créer des projets (installations ou performances) avec d’autres personnes ? 

Oui, je travaille d’ailleurs en ce moment sur des projets en collaboration. J’aime la flexibilité de travailler en solo, mais travailler avec d’autres gens élargit les possibilités d’action et rafraîchit la perspective esthétique. 

 

Tu es déjà venue sur le festival Maintenant, vois-tu des spécificités sur cet événement par rapport à ce que tu connais ? Tu reviens dans 2 ans à Rennes avec une autre création ? 

Je garde un très bon souvenir de mon passage à Rennes. J’y apprécie le mélange des styles; on sent l’ouverture d’esprit, tout en gardant cohérence dans la programmation. Je pense que le festival propose une vision englobante des cultures numériques : on ne se limite pas à ce qui est convenu. Pour ce qui est de revenir dans 2 ans, ce serait bien sûr avec plaisir. On verra ce que j’aurai de prêt à moment-là !

 

Interview réalisée par Marion Vannier

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