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Publié le 4 octobre

Focus sur ▶︎ Apparatum
panGenerator (PL)

Apparatum

Du 4 au 13 octobre 2019 – Théâtre du Vieux Saint-Etienne

Apparatum est une installation interactive qui s’inspire de la création radiophonique et électroacoustique. Les artistes et designers polonais de panGenerator ont inventé une machine qui génère des sons analogiques, à base de bandes magnétiques et de composants optiques contrôlés par des partitions graphiques. Cet instrument fait référence à plusieurs aspects de la création sonore polonaise, très novatrice.

Créé pour un événement célébrant l’indépendance de la Pologne, Apparatum a fait l’objet d’une commande de l’Institut Adam Mickiewicz, une institution culturelle consacrée à la promotion de la culture polonaise à l’étranger. Elle a été inspirée par l’héritage du Studio expérimental de la Radio polonaise, l’un des premiers studios au monde à produire de la musique électroacoustique (actif entre 1957 et 2004) :

•      Le collectif s’est inspiré de la composition graphique et sonore du compositeur Bogusław Schaeffer, et notamment de sa Symphonie – Musique Electronique.

•      La forme de l’installation Apparatum, l’objet, s’inspire de l’esthétique générale de la célèbre “chambre noire” du Studio, conçue par l’architecte-sculpteur-pédagogue  Oskar Hansen. Dès le 20ème siècle, il prônait de façon précurseur le principe qu’il a appelé « forme ouverte » : une conception de l’architecture participative et non figée, au cœur de laquelle trônent les interactions sociales.

Apparatum s’inscrit dans la continuité du travail du collectif panGenerator, studio de design, qui développe depuis 2010 des prototypes uniques explorant de nouveaux moyens d’expression créative et d’interaction avec le public.

 

Les créateurs : panGenerator

panGenerator est un collectif d’art des nouveaux médias et de design basé à Varsovie, Pologne, fondé par Piotr Barszczewski, Krzysztof Cybulski, Krzysztof Goliński et Jakub Koźniewski.

Depuis 2010, le groupe crée des projets uniques explorant de nouveaux moyens d’expression créative et d’interaction avec le public.

Leurs œuvres se caractérisent par le mélange d’un monde numérique éphémère et d’un monde physique. panGenerator crée des expériences tangibles, dynamiques et engageantes pour le public car interactives. Ils se disent en opposition à des œuvres statiques qu’ils peuvent considérer comme « hermétiques et inabordables » et qui selon eux domineraient le monde de l’art moderne.

panGenerator brouille les frontières entre l’art, le design et l’ingénierie en créant des installations interactives à grande échelle commandées par des institutions culturelles et des marques commerciales ainsi que des interfaces musicales purement expérimentales ou des œuvres d’art spéculatives et critiques.

Les membres du groupe sont également engagés dans diverses initiatives éducatives, offrant des ateliers et des conférences sur l’art et la technologie des nouveaux médias dans le monde entier. Depuis peu, ils enseignent également la pratique des arts des nouveaux médias à Varsovie. Par « nouveaux médias », on entend  les oeuvres d’art fondées sur des techniques multimédia, l’ordinateur ou la technologie des communications dans un cadre d’expression créative.

Les œuvres de panGenerator ont été présentées dans de nombreuses galeries d’art et de design, festivals et expositions tels que Ars Electronica, ZKM Karlsruhe, Dutch Design Week, Milan Design Week, DMY, Athens Digital Art Festival, LPM, Lodz Design, Pause Fest Melbourne et bien d’autres.

Très reconnus dans le champ des « arts numériques », les projets de panGenerator ont reçu de nombreux prix de l’industrie créative tels que le Lion d’Or de Cannes, plusieurs prix KTR, la nomination aux Design Alive Awards, et récemment le prix “Ars 2019” du festival Ars Electronica. C’est la première fois que le festival Maintenant accueille des artistes polonais du champ des « arts numériques ».

 

Inspirations, références artistiques du collectif

En 2017, panGenerator a été invité par l’Institut Adam Mickiewicz à créer une œuvre dans le cadre d’un événement qui célébrait l’indépendance de la Pologne. Le collectif s’est inspiré de plusieurs éléments pour concevoir Apparatum avec 2 influences principales :

– Inspiration n°1 : Le Studio expérimental de la Radio polonaise

panGenerator s’est inspiré de l’héritage du Studio expérimental de la Radio polonaise, l’un des premiers studios au monde à produire de la musique électroacoustique. Les compositeur·trice·s suivant·e·s ont créé et enregistré des pièces dans ce studio : Krzysztof Penderecki, Elżbieta Sikora, Włodzimierz Kotoński, et Bohdan Mazurek.

 

   

•      La forme :

La forme physique, l’objet créé par panGenerator, s’inspire de l’esthétique générale de la célèbre “chambre noire” du Studio, conçue par Oskar Hansen et qui s’inscrit dans la lignée du mouvement Forme Ouverte (Open Form) : un mouvement où l’architecture est pensée sous un angle humaniste et non uniquement technique. Où les espaces peuvent être appropriés et façonnés selon une diversité d’activité, à l’inverse de « formes fermées » créée par des architectes hyper spécialistes et qui définissent des usages très précis.

Les membres de panGenerator ont été frappés par les cadres métalliques dont les générateurs électroacoustiques et les filtres ont été disposés de façon modulaire à l’intérieur des deux cadres en acier. Ce dispositif modulable permettait d’adapter la machine en fonction de son utilisation et de son usage, comme une « Forme Ouverte ».

Les dimensions angulaires et le cadre métallique se retrouvent dans l’installation Apparatum, avec 2 cadres qui regroupent les différents générateurs de sons dans la boîte supérieure, et le dispositif digital dans la boîte inférieure.

•      Pour les sons : la bande magnétique était le principal support utilisé dans le studio expérimental de la radio polonaise.

 

–  Inspiration n°2 : le compositeur Bogusław Schaeffer

Bogusław Schaeffer (1929 – 2019) est un compositeur, musicologue et artiste graphique polonais. Il est membre du groupe d’avant-garde de compositeurs polonais, intitulé Groupe de Cracovie, aux côtés, entre autres, de Krzysztof Penderecki. Sa musique, considérée comme très cinématographique, a été utilisée au cinéma : son concerto pour piano fait partie du film Inland Empire (2006) de David Lynch.

Musicalement et graphiquement, panGenerator s’est inspiré de la “Symphonie – musique électronique”(Symfonia. Muzyka Elektroniczna) – composée par Bogusław Schaeffer. Ce dernier utilisait des symboles et des éléments graphiques pour écrire la musique sur une partition, à la place de notes traditionnelles.

La symphonie de Schaeffer est une des premières pièces réalisées par le Studio expérimental de la Radio polonaise dont la composition s’est réalisée sur plus d’un an. L’idée principale était de transposer en des sons purement électroniques, la notion de symphonie qui signifie l’assemblage de plusieurs sons d’origines différentes. La réalisation de ce travail a demandé une coopération étroite entre le compositeur et l’ingénieur du son, Bohdan Mazurek, qui a grandement contribué en suggérant des appareils électroniques appropriés. 

Dans sa partition, Schaeffer décrit très minutieusement la signification de ses symboles et comment ils doivent être interprétés par le musicien qui joue la pièce. Le collectif a choisi 25 symboles, ceux qu’il considérait comme les plus distinctifs, et aussi qui semblaient le plus intuitif dans la connexion dessin / son. Le collectif a utilisé 3 pistes au lieu de 4 comme par rapport à la partition originelle.

 

L’histoire des musiques électroniques est liée aux studios de radio 

Dans de nombreux pays durant les années 1950, le mot « synthétiseur » ne fait pas partie du vocabulaire, car la musique électroacoustique est produite dans les studios de radios où il est possible de trouver des bandes magnétiques, micros, oscillateurs et filtres qui servent alors aux procédés d’émission et de réglages des antennes. La musique électronique ou électroacoustique n’aurait jamais pu se développer sans les radios publiques.

Ainsi, l’histoire du compositeur allemand Stockhausen est très liée à la radio publique allemande, l’histoire de la BBC avec celle de compositeurs anglais.

La France n’y échappe pas puisque l’art radiophonique est également liée aux radios publiques. En 1942, l’ingénieur et compositeur Pierre Schaeffer crée le Studio d’essai de la RTF, studio voué à l’expérimentation radiophonique. En 1951, le Groupe de musique concrète qui devient en 1958 le Groupe de recherches musicales (GRM) et qui sera ensuite intégré à l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF). Le GRM est un centre de recherche musicale dans le domaine du son et des musiques électroacoustiques où de nombreux compositeurs sont passés par les studios pour y apprendre la musique concrète et/ou y composer des œuvres. On peut compter parmi eux Iannis Xenakis mais aussi Jean-Michel Jarre ou Arnaud Rebotini.[1]

Entre 1942 et 1944, Pierre Schaeffer compose La Coquille à planètes, qui est le premier opéra radiophonique.

La musique concrète est le « nom donné en 1948 par Pierre Schaeffer à une nouvelle forme d’expression musicale, dont il fut l’inventeur et, avec Pierre Henry, le pionnier principal. Cette forme consiste à composer à partir de sons enregistrés (sur disque puis sur bande magnétique), en travaillant et en combinant ces sons à différents niveaux, en les enregistrant, en les manipulant sur leur support d’enregistrement sans passer, la plupart du temps, par une notation préalable, d’ailleurs impossible. En quelque sorte, la musique concrète était à la musique instrumentale ce que le cinéma est au théâtre. Les sons utilisés étaient de provenances diverses (instrumentale, anecdotique, « naturelle », issus de corps sonores tels que tiges, ressorts, tôles, etc.), mais le plus souvent microphoniques, c’est-à-dire captés dans un espace quelconque, à partir d’un corps résonnant, par opposition aux sons électroniques, créés par des oscillations électriques transmises directement au haut-parleur, qu’employait alors la musique électronique, née en Allemagne. »[2]

[1] https://www.franceculture.fr/emissions/creation-air/pierre-schaeffer-au-temps-du-studio-d-essai-1943-1945
[2] https://www.larousse.fr/encyclopedie/musdico/concr%C3%A8te/166944

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