Menu
  • Anglais
  • Anglais

Publié le 19 juillet

► Obsequies : l’interview

Avec une obsession pour la beauté déformée, Obsequies (obsèques) fait figure d’intermédiaire entre intimité et intimidation : alors qu’un doux piano minimaliste tente de se frayer un chemin au travers de la masse suffocante et tourbillonnante de bruit, des voix aériennes résonnent dans le silence, dans l’attente d’une explosion de beats éphémères et éparpillés. Son premier EP, Organn, est sorti sur le label Knives.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours : dans quel environnement avez vous grandi ? Quelles furent vos premières expérimentations artistiques ? Est-ce que l’environnement dans lequel vous avez grandi a favorisé votre art ?

J’ai grandi dans la banlieue de Charleroi. Les restes de l’industrie de l’acier envahis par la nature m’ont laissé une forte impression en tant qu’enfant. De plus, j’ai eu beaucoup de problèmes d’eczéma et d’asthme liés à la pollution environnante, ce qui m’a mené très tôt à rester enfermé dans mon propre espace de création plutôt que d’aller jouer avec les enfants de mon âge. Autant que je m’en souvienne, ma première expérimentation artistique s’est passée à 4 ans, quand j’ai détruit ma batterie. Malheureusement, on n’a pas enregistré la performance. Après cela, j’ai abandonné la musique pendant un moment car je voulais me consacrer uniquement au dessin et à la peinture.

Pouvez-vous nous parler de certaines de vos inspirations et influences ?

La condition humaine est une de mes principales sources d’inspiration. Il y a une splendeur dans l’existence humaine et, pour en prendre le contre-pied, il y a la misère, l’instinct de mort et la destruction. C’est ce que je veux dépeindre dans ma musique, et je souhaite faire part de ces visions de notre condition aussi prudemment que possible, comme les peintres Flamands l’ont fait, ou avec plus de brutalité, comme les avant-gardistes du siècle dernier.



Ton EP Knives est inspiré du poème de Isidore-Lucien Ducasse “Les Chants de Maldoror”. Pourquoi ce poème en particulier, et comment ces influences se sont transformées du texte en musique ?

J’ai eu une obsession pour ce poème pendant une longue période. Leon Bloy a écrit ceci à propos des Chants de Maldoror dans son livre Le Désespéré : “Il est difficile de décider si le mot monstre est ici suffisant. Cela ressemble à quelque effroyable polymorphe sous-marin qu’une tempête surprenante aurait lancé sur le rivage, après avoir saboulé le fond de l’Océan. […] Quant à la forme littéraire, il n’y en a pas. C’est de la lave liquide. C’est insensé, noir et dévorant.”
C’est ainsi que j’ai imaginé Organn, aucune forme musicale, un simple attaque de son. À propos des influences textuelles transformées en musique, c’est assez simple; les poèmes et la littérature créent des images dans mon esprit. Je traduis ces images, avec les couleurs et les formes adaptées, sous forme musicale.

On peut catégoriser ta musique comme électronique post-club/déconstruite. Est-ce que la déconstruction en tant que processus créatif est quelque chose dont tu te sens proche ?

Probablement, comme j’ai tendance à utiliser tout ce que j’écoute, la déconstruction pourrait être adaptée pour décrire une partie de mon processus créatif : ça pourrait être de la musique ou des sons provenant de différentes sources. Je manipule également cette matière avec plusieurs outils, comme des des synthétiseurs à tables d’ondes, afin de la transformer en quelque chose de nouveau. Bien sûr, cela dépend ; j’essaie de modifier mon approche autant que possible afin d’éviter les zones de confort et de garder de la spontanéité dans mon expression.

À quels challenges les jeunes producteurs comme toi doivent faire face dans l’industrie de la musique à l’heure actuelle ?

Je dirais que vivre de sa musique est une des principales difficultés, car la création demande beaucoup de temps, d’entraînement, d’essais et d’erreurs, et que simplement ce n’est pas possible de subvenir à ses besoins -ou alors à peu d’entre eux- en faisant de la musique expérimentale qui dérange. Donc à moins de devenir une sorte de diva de l’electro, il est nécessaire d’avoir un bon soutien financier ou un travail pour pouvoir vivre de cette activité.

interview SHAPE / traduction Boris Clénet

〰► À lire en anglais ICI

〰► Ambiance Électronique 4

 

Autres actualités

Toutes les actualités

Inscription à la newsletter

Votre nom

Votre prénom

Votre ville*

Votre e-mail*