Maintenant 2026 · Rencontre avec Rafaela Mascaro
Publié le 17 septembre 2026
- Catégories
Artiste et directrice artistique brésilienne basée à São Paulo, Rafaela Mascaro conçoit des œuvres à la frontière du design, des arts numériques, du cinéma d’animation et du récit spéculatif. Elle signe l’identité visuelle de la 25ème édition du festival Maintenant avec sa série intitulée Now Bodies.
Le comportement humain comme source d’inspiration
Je suis fascinée par le comportement humain, les dynamiques sociales, la psychologie, la culture d’Internet, la science-fiction, la philosophie, les rêves et les technologies émergentes. Je puise souvent mon inspiration dans des observations du quotidien, ces petits moments de connexion, de contradiction, de vulnérabilité ou d’absurdité qui révèlent quelque chose d’universel sur la condition humaine.
Sur le plan visuel, je suis influencée par l’esthétique numérique des débuts, les systèmes de design graphique, l’art contemporain, les jouets pour enfants, les espaces publics, l’architecture et les visions optimistes de l’avenir qui ont émergé tout au long du XXe siècle. J’admire particulièrement le travail de Matisse, David Hockney, Rothko, Willem de Kooning et Joan Mitchell.
Une pratique artistique entre humour et inquiétante étrangeté
Mon travail associe l’illustration numérique, le rendu 3D, l’animation, le graphisme et les technologies émergentes telles que l’IA pour créer des univers visuels surréalistes peuplés de personnages récurrents et d’objets symboliques.
Je cherche à créer des images à la fois ludiques et dérangeantes, des œuvres qui attirent les spectateur·ices par leur humour, leurs couleurs et leur simplicité, tout en ouvrant la voie à des réflexions plus profondes sur la solitude, le sentiment d’appartenance, la culture de consommation, l’identité, la technologie et l’avenir.
Bon nombre de mes œuvres fonctionnent comme des métaphores visuelles. Plutôt que d’apporter des réponses directes, elles créent des moments d’ambiguïté où les spectateur·ices peuvent projeter leurs propres expériences et interprétations.
Les coulisses de la création
Mon processus créatif commence généralement par la collecte d’idées, d’observations, de phrases, d’émotions, d’articles, de conversations et de références visuelles qui me touchent. À partir de là, je commence à explorer des concepts à travers des croquis, l’écriture et l’expérimentation de différents outils et technologies.
J’utilise souvent l’intelligence artificielle dans le cadre de la phase d’idéation et de développement de concepts, ce qui me permet d’explorer rapidement des directions visuelles inattendues. Une fois qu’un concept me semble pertinent, je passe à une phase de construction plus réfléchie en utilisant des logiciels 3D, le graphisme, l’animation et des techniques de création d’images.
L’œuvre finale est souvent le résultat d’un équilibre entre intuition et structure, laissant place aux hasards, aux surprises et au jeu tout en conservant une base conceptuelle claire.
L’histoire des Gang Friends
Les Gang Friends sont une galerie de personnages récurrents qui peuplent bon nombre de mes œuvres d’art et de mes animations.
Au départ, il s’agissait de simples silhouettes, mais au fil du temps, ils ont évolué pour former un langage visuel qui leur est propre. Chaque personnage possède une personnalité, une apparence et une présence émotionnelle distinctes, tout en restant volontairement ouvert à l’interprétation. Ils peuvent être perçus comme des individus, des communautés, des souvenirs, des émotions ou des fragments de nous-mêmes.
Comme ils sont simplifiés et universels, les spectateur·ices se reconnaissent souvent en eux, ou y voient des personnes qu’iels connaissent. Les Gang Friends sont devenus pour moi un moyen de raconter des histoires sur les relations humaines sans m’appuyer sur des identités, des cultures ou des récits spécifiques.
Une palette de personnages pour aborder des sujets complexes
Pour moi, les Gang Friends incarnent l’humanité dans sa forme la plus vulnérable et la plus collective.
Ils montrent le désir d’appartenir, de créer des liens, d’être vu et de trouver un sens aux côtés des autres. Ils célèbrent l’individualité tout en reconnaissant que nous faisons tous partie de quelque chose qui nous dépasse.
À travers eux, je peux explorer des sujets complexes : la solitude, l’amitié, la conformité, l’amour, la technologie, la communauté, la peur, l’espoir et la transformation, d’une manière qui reste accessible, ludique et optimiste.
Au fond, les Gang Friends nous rappellent que malgré nos différences, nous partageons bon nombre des mêmes émotions, des mêmes difficultés et des mêmes rêves. Ils nous invitent à imaginer un monde où la curiosité, l’empathie et les liens comptent plus que les divisions.
